La forêt était figée. La froide opalescence de la Lune la dévoilait, silencieuse, immobile… enfin presque. Un léger vent faisait murmurer les arbres cette nuit là. Leur feuillage bruissait au rythme d’un souffle venu d’ailleurs. La fraîcheur de la nuit avait réveillé les animaux nocturnes du bois après cette chaude journée. Ces derniers rompaient parfois le silence ambiant par le craquement brusque d’une branche sèche ou le crissement de leurs pattes sur les feuilles mortes.
C’était là, dans le plus grand parc d’Otherside que résidait la famille qu’Ether visait ce soir. La résidence des Arganë, nichée au cœur d’un immense arbre surplombait les habitants de la forêt. Biches, écureuils, geais et mêmes sangliers venaient fréquemment trouver de quoi se nourrir sous l’imposante demeure. Mais cette nuit, deux paires d’yeux inconnus luisaient sous le couvert végétal alors qu’un lointain clocher sonnait trois heures.


Il faut dire que le dernier travail, certes bien payé, du jeune mercenaire remontait à tellement longtemps que la situation était rapidement devenue… critique.

Dure loi de la flemme qui n’arrive pas à elle seule à subvenir aux besoins d’un estomac longiligne et d’un Ether affamé.
Ce dernier aurait pu se lancer à la rescousse de cette jeune Croyante, enlevée par les Infidèles, mais il s’était vite rendu compte que cette option ne règlerait pas son problème imminent de pénurie alimentaire. Raison première : les deux ahuris qu’il avait aperçus dans le quartier résidentiel étaient déjà sur le coup. Raison seconde : risquer de s’attirer deux pots de colle ambulants de lui plaisait guère.
Il s’était donc résigné à cambrioler cette baraque paumée au milieu de ce bois histoire de récupérer de quoi « survivre » le temps de trouver un job correct. Par ailleurs, le fait que ladite baraque soit haute perchée indiquait un butin prometteur : sûrement quelques legs oubliés mais de valeur.
Encore fallait-il les atteindre. Shin revenu de sa mission d’éclaireur, son maître entreprit d’escalader l’arbre voisin de cette résidence insolite. A mi-hauteur du chêne, les branches surplombaient la terrasse du premier étage. Certes, Ether aurait pu passer par l’échelle mais les habitants, habitués aux bruits du quotidien, auraient vite compris qu’on s’invitait chez eux à leur insu. Un coup de vent bien ajusté permit au Croyant de maintenir son équilibre sur l’une des branches. Félin, il atterrit sans bruit sur les planches de bois de la terrasse.

Déverrouiller la porte avait été un jeu d’enfant. Mais aux yeux du voleur, tout se passait trop parfaitement. Aucun garde, des habitants endormis, des portes aux serrures d'ancienne facture. En entrant dans la pièce, Ether eu la désagréable impression que la situation lui échappait et il sentit poindre un mauvais préssentiment. Les murs nus, l’ameublement modeste ainsi que les traces de poussières indiquaient que le propriétaire ne croulait pas sous l’or.

La suite de la visite ne fut guère plus encourageante. Pas une trappe, le grenier ne faisait que servir de chambre, la salle à manger n’abritait qu’un service en argent d’une piètre valeur et même aidé de Shin, le jeune homme ne réussit pas à trouver un bijou ou une pièce d’art rare qu’il aurait pu revendre à prix d'or. Alors qu’il quittait la salle à manger, Ether dut se rendre à l’évidence. Il s’était trompé. La colère fit saillir les muscles de son cou et l’idée lui vint de balancer un coup de pied rageur dans la ridicule commode qui se dressait devant lui. Shin retint le coup à temps et invita son maître à entrer dans la cuisine.
- T’as raison, autant prendre ce qu’il y a grommela-t-il.
Le garde manger, lui, ne fut pas décevant. Ils auraient de quoi manger pour deux jours s’ils faisaient attention.
Soudain Shin se retourna et siffla. Il venait d’entendre un bruit différent du bruissement des arbres, mais Ether, trop énervé, n’en tint pas compte...












